Retour

Le prolapsus (ou descente d'organes)

Publié le , 6 min de lecture
Léna Genet
Médecin généraliste

Grossesses, accouchements, efforts répétés, interventions chirurgicales… avec l’arrivée de la ménopause, le vieillissement de certains muscles se faire sentir et le risque de prolapsus est plus important. Mais le prolapsus, qu’est-ce que c’est ? Une descente d’organe ?! L’expression fait peur mais pas de panique, un prolapsus correctement pris en charge n’est pas une pathologie grave.

C'est quoi une descente d'organes ?

La descente d’organe, aussi appelée prolapsus génital ou génito-urinaire, est un glissement vers le bas d’un ou plusieurs organes pelviens chez la femme. Quand le plancher pelvien ou les ligaments se relâchent ou se distendent, les organes pelviens situés au niveau du bassin, descendent progressivement dans le vagin. Ils appuient alors sur la paroi vaginale et peuvent descendre jusqu’à la vulve. Trois organes pelviens peuvent être concernés par le prolapsus :

  • l’utérus (hystérocèle),
  • la vessie (cystocèle),
  • ou plus rarement, le rectum (rectocèle).

Le prolapsus est un peu comme une hernie ; il n’est pas douloureux mais peut s’aggraver au fil des années s’il n’est pas soigné.

Trois stades du prolapsus sont à distinguer :

  • le début quand l’organe est encore en haut ;
  • le second quand il arrive jusqu’à la vulve sans dépasser l’orifice vulvaire ;
  • le dernier quand il s’extériorise en sortant par l’orifice vulvaire.

La descente d’organes n’est pas toujours permanente, elle peut aussi être transitoire, c’est à dire que l’organe ne descend que dans certaines positions et qu’il se replace ensuite dans d’autres positions. 

Qu'est-ce qui provoque une descente d'organes ?

Il n’y a pas réellement d’élément déclencheur particulier du prolapsus. En effet, il est plus pertinent de parler de facteurs favorisant une descente d’organe comme :

  • les grossesses et accouchements répétés, 
  • un relâchement musculaire et ligamentaire secondaire (ménopause, surpoids),
  • des complications à la suite de gestes chirurgicaux touchant les organes pelviens,
  • une hyperpression intra-abdominale répétée (pratique sportive intensive, surpoids et sédentarité, constipation chronique, une toux chronique…),
  • plus rarement : des anomalies anatomiques, des tissus musculaires ou conjonctifs,
  • l'hérédité: Les femmes dont la mère a eu un prolapsus ont un peu plus de risque d’en avoir un.

D’après l’AFU (l’Association Française d’urologie), 6 à 20% des femmes développent un prolapsus, et dans plus d’un tiers des cas, l’organe concerné est la vessie (cystocèle).

Quels sont les symptômes d'un prolapsus ?

Le symptôme principalement ressenti est la sensation de boule au niveau du vagin ou d'une pesanteur apparaissant en position debout. Cette sensation peut être augmentée par les efforts et disparaître en position allongée. D’autres symptômes sont possibles :

  • Urinaires : difficultés à l'évacuation des urines, augmentation de la fréquence ou de l'urgence des mictions, fuites urinaires.
  • Rectaux : difficulté à l'évacuation des selles, constipation, urgence fécale et parfois incontinence.
  • Sexuels : hypo-sensibilité personnelle ou du partenaire, plus rarement douleurs.

Quels sont les risques d'une descente d'organes ?

Le prolapsus n’est pas une pathologie grave en soi. Seul le prolapsus extériorisé en permanence, peu fréquent, expose à un risque d’obstruction urinaire compliqué, qui se dépiste par une échographie rénale et qui peut nécessiter une prise en charge plus urgente.

Toutefois, une descente d’organe peut avoir des conséquences psychologiques à ne pas négliger. En effet, elle peut provoquer une perte d’assurance et de confiance en soi et ce sentiment de dévalorisation peut découler sur une désocialisation. Cette situation favorise l’anxiété et les épisodes de dépression. Il est donc important d’être suivie et de demander un accompagnement en cas de besoin.

Enfin, tous saignements ou douleurs anormales sont des signes qui nécessitent une consultation car ils peuvent révéler des complications de la descente d'organes. La cause doit être cherchée et traitée.

Qui consulter pour une descente d'organes ? Quels sont les examens nécessaires ?

Le diagnostic du prolapsus est fait lors d’un examen gynécologique, et est réalisé par une observation clinique. S’il n’y a pas d’autre problème que le prolapsus génital, aucun autre examen complémentaire n’est utile pour poser le diagnostic. En revanche, si le prolapsus est associé à des problèmes d’autres organes pelviens comme la vessie ou le rectum, que des fuites urinaires ou des problèmes de fonctionnement du rectum sont constatés, d’autres examens complémentaires peuvent être prescrits :

  • Un bilan urodynamique : il permet de rechercher une incontinence urinaire et est réalisé lorsqu’un traitement chirurgical est envisagé. L’incontinence urinaire peut en effet être masquée par le prolapsus, qui appuie parfois sur l’urètre. Détecter l’incontinence permet d’éviter les fuites après le traitement de la descente d'organe.
  • Un bilan avec un gastro-entérologue en cas de rectocèle, c’est-à-dire de descente d’organes dans le rectum.
  • Une échographie abdomino-pelvienne : elle permet de visualiser les organes génitaux et urinaires.

Plus rarement, peut être prescrite : 

  • Une IRM pelvienne dynamique : elle permet de visualiser la vessie, l'utérus, le vagin et le rectum au repos et lors de mouvements de poussée, avec et sans évacuation du rectum. Elle remplace souvent le colpocystogramme qui est une radiographie des organes pelviens avec injection de produit de contraste.

Comment mieux vivre avec un prolapsus ?

L’évolution naturelle d’un prolapsus est le plus souvent lente et un traitement n’est nécessaire qu’en cas de gêne avérée ou en cas de forme compliquée de la descente d'organes. Il est recommandé de ne proposer une prise en charge thérapeutique que pour les prolapsus génitaux symptomatiques ou compliqués. Dans la plupart des cas, il s’agit davantage de réduire les symptômes et l’inconfort afin de permettre de mieux vivre avec un prolapsus.

Une meilleure hygiène de vie peut aider à soigner naturellement un prolapsus. Par exemple, il s’agit d’éviter la sédentarité, d’arrêter de fumer, de perdre du poids en cas de surpoids, d’éviter la constipation en adoptant une bonne alimentation et un meilleur niveau d’hydratation, ou enfin d’éviter le port de charges lourdes. A cela peut s’ajouter une rééducation abdomino-périnéale spécialisée pour redonner du tonus aux muscles.

Quels traitements spécifiques sont possibles pour soigner un prolapsus ?

En cas de prolapsus vaginal, deux traitements sont proposés : une œstrogénothérapie vaginale prolongée et un pessaire. L’oestrogénothérapie vaginale est un traitement hormonal sous forme de crème à base d’œstrogènes (les hormones féminines qui agissent sur beaucoup de tissus de l’organisme). La prise d’œstrogènes permet d’améliorer la tolérance du pessaire.

Un pessaire est un dispositif intra-vaginal, souvent en silicone, qui empêche la descente des organes. Différentes tailles et formes existent, notamment des cubes ou des anneaux. Le pessaire doit être inséré au fond du vagin. Il maintient les organes, limite la gêne provoquée par le prolapsus . Il peut être retiré pour ne pas gêner pendant les rapports sexuels. Il évite aussi le recours à la chirurgie.

En cas de prolapsus vésical, deux traitements sont proposés : une électro-stimulation tibiale postérieure ou la prise de médicaments de la famille des anticholinergiques. L’électro-stimulation tibiale postérieure, ou TENS, consiste à envoyer des impulsions électriques de faible intensité dans le nerf tibial, au niveau de la cheville. Ces stimulations électriques améliorent le fonctionnement de la vessie et des organes du bas ventre.

Quand faut-il opérer un prolapsus ? Quelles opérations sont réalisées ?

Des opérations chirurgicales peuvent être réalisées dans le cas de prolapsus très évolués ou perturbants dans la vie quotidienne. Même en cas d’indication chirurgicale, celle-ci est très rarement urgente.

L’objectif est alors de remettre et de maintenir en place les organes pelviens. Pour cela, il existe différentes méthodes :

  • La promontofixation coelioscopique (technique la plus fréquente notamment chez les jeunes femmes) : suspension avec une bandelette faisant office de bretelle de l’organe qui a glissé au ligament qui se trouve en avant de la colonne vertébrale.
  • Autres techniques chirurgicales possibles dont la cure par voie vaginale : choisies en fonction de l’âge, de l’état de santé et du souhait de la patiente. 

Il est important de savoir que seules deux patientes sur mille subiront une chirurgie curative à la suite d’un prolapsus. De plus, l'âge moyen auquel les femmes sont opérées est de 65 ans.

Ainsi, le prolapsus ou « descente d’organe » ne doit pas être perçu comme une pathologie grave ou alarmante. Il entraîne surtout des inconforts au quotidien et peut être perturbant psychologiquement. Afin de réduire ses effets et de mieux vivre avec, une bonne hygiène de vie doit être adoptée et des traitements plus spécifiques peuvent être pratiqués. Enfin, le recours à la chirurgie n’est pas nécessaire dans la majorité des cas.

Vous avez encore des questions ? N’hésitez pas à les poser aux professionnels de santé sur notre application !
Je pose ma question

La santé dans votre boîte mail

Vous souhaitez recevoir les meilleurs contenus Nabla dans votre boîte mail ?

Votre email sera uniquement utilisé pour l’envoi de la newsletter. Il ne sera jamais communiqué à l’extérieur et vous pourrez vous désabonner à tout moment. En savoir plus.
Illustration - Nabla

Consultations médicales. En vidéo ou par chat.

Plus de 20 000 femmes ont déjà rejoint Nabla
Illustration - Nabla