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Tomber enceinte après une fausse couche

Publié le , 9 min de lecture
Marie Bréban
Interne de Gynécologie et Obstétrique

Une fausse-couche précoce représente un arrêt spontané et précoce de la grossesse. La plupart des fausses-couches ont lieu au cours du premier trimestre de grossesse mais elles peuvent être plus tardives. On ne parlera pas ici de fausse-couche tardive (entre 15 et 22 SA) dont les causes sont différentes.

La fausse-couche précoce complique entre 15% et 25% des grossesses débutantes, elle n’est donc pas anodine et peut générer anxiété et stress chez les femmes qui la traversent. Malgré ces difficultés émotionnelles, la fausse-couche précoce n'altère pas les chances de tomber de nouveau enceinte. Des études ont même souligné qu’une nouvelle grossesse dans les 6 mois suivant la fausse-couche précoce semble réduire les risques de nouvelle fausse-couche. Explorons alors comment tomber enceinte après une fausse-couche.

Est-il possible de tomber enceinte juste après une fausse-couche précoce?

La fausse-couche précoce en quelques mots

La fausse-couche précoce présente une interruption spontanée et l’expulsion de la grossesse (involontaire et non-désirée) en dehors de l’utérus, qui se produit dans les 3 premiers mois de grossesse (avant 14 semaines d’aménorrhée). La fausse-couche se détecte généralement par des examens médicaux suite à l’observation de signes évocateurs dont les principaux sont :

  • Des saignements, parfois associés à des caillots de sang,
  • Des douleurs dans le bas du ventre,
  • La perte des signes évocateurs de la grossesse. 

Deux cas à distinguer 

La fausse-couche précoce peut compliquer entre 10 et 25% des grossesses, et concerne donc de nombreuses femmes au cours de leur vie. Il ne faut pas s’inquiéter en cas de fausse-couche, même si elle se répète deux fois. Il s’agit de fausses-couches “isolées”, qui n’appellent pas à la réalisation d’examen systématique.

Cependant, après 3 fausses-couches précoces, il est conseillé de réaliser des bilans complémentaires. On parle alors de fausses-couches spontanées à répétition.

Et après ?

Malgré le caractère impressionnant des pertes de sang et les douleurs dues aux contractions de l'utérus au moment de la fausse-couche, ainsi que la difficulté émotionnelle que peut représenter cette perte de grossesse, les grossesses suivantes se déroulent en général sans difficulté. Les femmes faisant une fausse-couche sont suivies lors de leur nouvelle grossesse, et si les causes de la fausse-couche sont connues, elles sont traitées et surveillées de près par un médecin gynécologue. 

A retenir : pas d’inquiétude en cas de fausse-couche. C’est une situation fréquente et les grossesses suivantes se déroulent généralement sans difficulté. Il est donc tout à fait possible de retomber enceinte juste après une fausse-couche.

Quelle est la période d’ovulation après une fausse-couche précoce? 

Petit rappel ovulation

Le cycle menstruel dure en moyenne 28 jours et débute le premier jour des règles. Il se décompose en deux grandes phases durant lesquelles les hormones sexuelles produites par le corps évoluent.

  • La phase folliculaire ou “oestrogénique” (14 premiers jours) : un ovule est libéré par un follicule dans les trompes de Fallope puis dans dans l’abdomen : c’est l’ovulation (qui se déroule en moyenne autour du 14e jour après le début des règles). De son côté, l’endomètre (tissu interne de l’utérus) se développe pour accueillir la grossesse, grâce à l'action des oestrogènes, hormones sexuelles de la femme.
  • La phase lutéale ou “progestéronique” (14 jours suivants) : le follicule qui contenait l’ovule (“corps jaune”) sécrète de la progestérone, seconde hormone sexuelle féminine qui vient compléter l’action des oestrogènes. Cette hormone permet de structurer l’endomètre pour qu’il accueille une grossesse. En cas de grossesse, le corps jaune continue cette sécrétion jusqu’à ce que le placenta prenne le relais. Sinon, il disparaît progressivement, ce qui génère la désintégration de l’endomètre. C’est alors la diminution progressive de ces hormones qui déclenche les règles.

Après une fausse-couche

Le retour du cycle menstruel dépend du délai de la fausse-couche.

  • Si elle a lieu relativement tôt, dans les 4 à 5 premières semaines de grossesses, le cycle n’est pas ou peu impacté. Dans cette situation, il est courant de voir réapparaître ses règles très rapidement (au moins dans le mois qui suit).
  • Si elle est plus tardive, il faut attendre entre 6 et 8 semaines pour que les règles reprennent leur cycle. L’ovulation reprend alors autour du 14e jour après le début des règles.

Cette différence s’explique par les hormones qui sont sécrétées lors de la grossesse. En avançant dans la grossesse, le taux d’hormones est plus élevé, ce qui retarde le retour des règles.

Quand concevoir après une fausse-couche ? 

Il n’est pas nécessaire d’attendre

Suite à une fausse-couche spontanée et précoce au premier trimestre, un couple désireux d’une nouvelle grossesse peut enchaîner une nouvelle tentative dès le cycle suivant, sans favoriser une récidive de fausse-couche. Il faut simplement bien prendre les traitements et vitamines éventuellement prescrites par votre professionnel de santé. Il est même possible de connaître une nouvelle grossesse avant le retour du cycle menstruel, dans le cas d’un ovule fécondé avant de voir apparaître le retour des saignements.

Contrairement à une idée reçue, des études récentes ont montré que tomber enceinte dans le semestre ou trimestre suivant la fausse-couche réduisait le risque de nouvelle fausse-couche - il n’est donc pas nécessaire de retarder sa grossesse. Sauf, évidemment, dans le cas d’une fausse-couche dont la cause a été identifiée et mérite un traitement afin de limiter les récidives.

Contrôler les éventuels facteurs de risque

La plupart des fausses-couches sont dues à un problème de viabilité de l’embryon, le plus souvent d’origine chromosomique, et la nature interrompt la grossesse car le développement correct du fœtus n’est pas possible. Mais dans certains cas, certaines maladies de la femme peuvent perturber le développement de l’embryon.

Par exemple :

  • Un diabète insuffisamment contrôlé,
  • Les maladies de la glande thyroïde,
  • Des problèmes hormonaux,
  • Certaines maladies immunitaires, comme le lupus,
  • La maladie cœliaque (allergie au gluten),
  • Des troubles de la coagulation sanguine,
  • Des anomalies de l’utérus ou du col de l’utérus (fibrome, polypes, syndrome des ovaires polykystiques, par exemple),
  • Des troubles de la fertilité (altération de la réserve ovarienne, pathologie utérine…)

Même s’il est difficile de connaître la cause exacte de la fausse-couche (et sachant que c’est un problème au niveau de l’embryon dans la majorité des cas), il est néanmoins important de discuter de votre désir d’enfant avec votre médecin gynécologue en cas de pathologie connue. Et cela ne veut évidemment pas dire que cette pathologie est à l’origine de la fausse-couche.

Suivre sa fertilité

Si vous avez comme projet de démarrer une nouvelle grossesse après votre fausse-couche, il peut être pertinent de suivre votre fertilité afin d’identifier les périodes de votre cycle propices à la fécondation. Vous pouvez notamment tenir un calendrier pour suivre votre cycle (calendrier papier ou application sur votre téléphone), en notant que l’ovulation a généralement lieu vers le 14e jour du cycle et que la période idéale de fécondation se situe 5 jours avant l’ovulation, et pendant celle-ci. Les règles ont lieu en moyenne 14 jours après l’ovulation. 

Il est aussi possible de faire un suivi plus précis en observant votre glaire cervicale pour mieux connaître votre cycle. Il s’agit de la substance visqueuse naturellement sécrétée par les glandes du col de l’utérus, afin de protéger l’utérus d’infections ou de tout élément pathogène. Son rôle est particulièrement intéressant dans le cadre d’un projet de grossesse, car elle facilite ou limite le passage des spermatozoïdes en fonction de la période du cycle. Observer sa consistance (abondance, couleur, épaisseur, élasticité) vous permet alors de savoir où vous en êtes dans votre cycle.

Enfin, en complément, vous pouvez utiliser la méthode symptothermique, qui mesure la température corporelle. L’idée est de mesurer sa température corporelle au repos (“basale”), afin de détecter une augmentation d’environ 0.5°C après la libération de l’ovule. Chaque matin, la femme prend sa température avant le lever, idéalement avec un thermomètre basal, ce qui lui permet de connaitre ses périodes de fertilité.

Comment ne pas stresser pour une grossesse après une fausse-couche ?

Une étude a montré que plus d’une femme sur deux ne recevait pas d’explication quant à la cause de leur fausse-couche, ce qui peut générer la croyance d’avoir fait quelque chose de mal qui aurait provoqué l’arrêt de leur grossesse.

Ce n’est pas de votre faute !

La femme n’est en rien responsable de sa fausse-couche. Dans 70% des cas, la fausse-couche est due à une anomalie embryonnaire qui empêche son développement normal, et c’est particulièrement le cas lors du premier trimestre de grossesse. 

Il s’agit souvent d’anomalies au niveau des chromosomes de l’embryon, qui se sont mal répartis avant ou après la fécondation, ou alors d’anomalie du développement de l’embryon (cœur, système nerveux…). La fausse-couche est alors une réaction naturelle du corps de la mère, face à un embryon incapable de survivre. 

Avoir peur de refaire une fausse-couche est normal

Il est tout à fait normal d’avoir peur de refaire une fausse-couche. Cependant, en essayant de nouveau, nous n’avez pas plus de chance de faire une fausse-couche qu'une autre femme, à moins qu’un risque ou pathologie spécifiques aient été identifiés. A chaque grossesse, une nouvelle histoire s’écrit, et l’existence de votre fausse-couche antérieure n’augmente pas vos chances d’en refaire une. 

Et bien qu’il soit possible d’être de nouveau rapidement enceinte, il est parfois conseillé aux femmes ayant du mal à faire le deuil de leur première grossesse d’attendre un peu. Les raisons sont psychologiques, et non physiologiques (le corps est tout à fait capable de gérer une nouvelle grossesse), pour récupérer physiquement et moralement. En cas de nouvelle grossesse suite à une fausse-couche, vous serez surveillée de près par votre médecin gynécologue, et il ne faut pas hésiter à exprimer vos craintes à votre entourage, votre sage-femme ou votre médecin, qui sauront vous épauler et vous rassurer.

Limiter les facteurs à risque

Si la fausse-couche n’est pas de votre faute, vous pouvez limiter les facteurs à risque. Avant toute chose, notons que malgré des idées reçues, ni le sport, ni le travail, ni les activités sexuelles ne sont en lien avec les fausses-couches. Le sport semble même améliorer l’implantation des embryons.

Certains facteurs d’expositions externes peuvent cependant influer sur le risque de fausses-couches, et ils sont pour la majorité évitables :

  • Certains produits chimiques utilisés dans l’industrie,
  • La prise de certains médicaments contre-indiqués pendant la grossesse : il est donc préférable d’éviter toute automédication,
  • La consommation de plantes médicinales contre-indiquées pendant la grossesse : la liste étant longue, l’avis médical est donc indispensable,
  • L’usage de drogues, en particulier l’héroïne, la cocaïne et les amphétamines,
  • La consommation d’alcool, de tabac, qu’il vaut mieux arrêter,
  • La consommation excessive de café (plus de 300 mg de caféine/jour, c’est-à-dire environ 3 à 4 expressos de comptoir) serait liée à un plus grand risque de fausse-couche selon certaines études. Thé et café ne sont pas interdits, mais il faut simplement limiter leur consommation.

Mais d’autres facteurs sont plus difficilement évitables et ne dépendent ni de la santé de la mère, ni de celle de l’embryon.

  • Une infection, par exemple la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus, etc. 
  • Un épisode de forte fièvre.
  • Une amniocentèse ou un prélèvement des villosités choriales (placenta) : le risque d’avortement spontané après ce type d’examen est de 0,5 à 1 %.

Ce que vous devez tout particulièrement savoir, c’est que la femme n’est pas responsable de la fausse-couche. Dans la majorité des cas, celle-ci est due à un problème de viabilité du fœtus, et l’expérience d’une fausse-couche ne réduit pas vos chances de retomber enceinte (et d’aller au terme de celle-ci). Si vous en avez l’envie, il est possible de démarrer une grossesse dès le cycle suivant et il n’est pas spécialement recommandé d’attendre - sauf si la fausse-couche a été émotionnellement difficile pour vous. Bien que courante, cette situation peut être difficile à vivre et il est important d’en parler à votre médecin gynécologue, qui saura vous rassurer.

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